Les créateurs Anglais farouchement opposés à l’Hadopi locale


Trois instances représentatives des acteurs de la musique anglaise viennent de rendre publique leur réponse à la consultation lancée par le gouvernement anglais en préparation à l’adaptation locale de la loi Hadopi.

La réponse est cinglante et marque un opposition farouche et radicale de trois des plus prestigieuses organisations d’auteurs, de musiciens, de compositeurs et de producteurs : la Feature Artist Coalition (dont nous avions déjà relayé les positions), le British Academy of Songwriters, Composers and Authors et la Music Producer Guild. Parmi eux, des artistes aussi prestigieux que Annie Lennox, Nick Mason (Pink Floyds), Ed O’Brain (RadioHead), Robbie Williams, Tom Jones, Paul McCartney, Elton John (qui revient sur ses précédentes positions), Alan Parker, Les frères Gibb (Les Bee Gees) ou bien encore Pierre Boulez.

“Les organisation ci dessus, qui représentent  ceux qui composent, interprètent, et produisent de la musique pensent que la protection offerte par le copyright aux artistes, compositeurs et paroliers est vitale si l’on veut voir la Grande Bretagne continuer à tenir un rôle de premier plan dans l’industrie de la musique. Le copyright sert à nourrir ceux qui font de la musique et ceux qui investissent dans leur créativité.

Malgré cela, nous émettons de sérieuses réserves concernant le contenu et le périmètre de ce projet de loi concernant le partage de fichier en P2P. Les procédés de surveillance, d’avertissement et de sanction ne mèneront pas à la mise en place d’un marché de la musique juste, dynamique et compétitif. Nous considérons que les questions posées durant la consultation non seulement n’appellent pas de réponses raisonnables mais reflètent un état d’esprit si éloigné de celui du public et des consommateurs de musique qu’il font de ce document quelque chose d’extraordinairement négatif.

Les estimations très approximatives des bénéfices annuels attendus par une telle législation (200 millions de livres) font clairement transparaître que celle-ci ont été faites sur la base du préjugé qui veut qu’un morceau téléchargé soit égal à une perte en terme de vente. Cet argument de la “substitution” est en réalité la parole des lobbyistes : il est sans fondement logique et aucun économiste n’a jamais cautionné un tel chiffre pour tenter d’estimer les pertes induites par le P2P sur l’industrie de la musique. [RWW avait le premier, en novembre dernier, réalisé une longue enquête sur ce même point, détruisant à l’occasion le Rapport Hadopi commandité par le ministère de la Culture Français]

A l’opposé de ce manque de preuve sur ce supposé effet de substitution, il existe des preuves tangibles que ceux qui s’adonnent de façon répétée au partage de fichier musicaux sont également des consommateurs réguliers de musique, de films, de documentaires, etc. Des recherches récentes de MusicAlly ont par ailleurs démontré que le CD restait le produit de référence de beaucoup de fans de musique. Ceci, combiné à la part constante du CD dans les revenus des Labels suggère une équation bien plus complexe dans l’implication du partage de fichier sur l’érosion des ventes, où il pourrait tout autant aider à la promotion d’autres sources de revenus. Pour cette raison, il est économiquement dangereux de voir le téléchargement de musique comme l’équivalent d’une perte de vente de CD.

Tout aussi préoccupantes sont les estimations faites du coût d’implémentation des propositions contenues dans le texte de loi. La fourchette de 65 à 85 millions de livres pour la première année a toutes les chances d’être largement sous évaluée par rapport à ce qu’un tel système coûtera réellement compte tenu de la complexité du système proposé. Ce chiffre – comparé à ceux de l’industrie de la musique – représente entre 10 et 15% du marché une fois déduction faite de ses coûts fixes tels que la production de CD et de la main d’œuvre. A la lumière des arguments précédents, ces coûts sont clairement disproportionnés par rapport à quelque bénéfices que ce soit. Même si l’industrie de la musique n’en finance que la moitié, il reste totalement prohibitif au regard de tous les éventuels revenus supplémentaires qu’il serait censé apporter. [en Angleterre, ce n’est pas le contribuable qui paie 100% des coûts de l’Hadopi locale, l’industrie de la musique devra mettre la main à la poche]

Par ailleurs, beaucoup des activités périphériques au partage de musique en ligne recoupent de façon importante la relation des fans à l’artiste téléchargé. La position centrale de l’artiste dans cette nouvelle écologie de la musique est telle que l’obstination des lobby de l’industrie [autrefois au centre de cette relation] qui continuent de poursuivre en justice les fans de musique doit être replacé dans le contexte plus large du comportement de ces fans. Il doit également être vu non pas du point de vu d’un seul des acteurs de cette industrie mais de son économie toute entière.

Ceux qui partagent de la musique contribuent à la carrière d’un artiste par l’achat de marchandises ou de tickets pour leurs concerts – des expériences impossibles à substituer qui contribuent au succès de la carrière d’un artiste, même si cela ne rétribuera pas les créateurs de la musique et les auteurs directement, sauf s’ils sont également interprètes. La perte d’appétit pour l’achat de CDs n’a pas qu’une seule explication et ne peut être reproché au seul partage de fichier. La concurrence sans cesse croissante d’autres produits tels que les jeux vidéo ou les DVDs contribuent également à un changement dans les habitudes d’achat des consommateurs. En outre, ce changement ne signifie pas nécessairement une réduction des revenus pour les créateurs, pas plus qu’il implique une perte pour l’économie du pays.

Cette consultation sur la proposition de loi échoue par ailleurs à différencier le téléchargement de musique par des fans à des fins non commerciales et celui réalisé avec l’intention d’en tirer profit et d’en faire commerce. Ces solutions de P2P visant à tirer profit de telles activités devrait être être poursuivi en justice de façon rigoureuse, tout comme les usines qui fabriquent des copies pirates de CDs dans le monde réel. Les consommateurs ordinaires et les fans de musique ne devraient pas, eux, être criminalisés du fait de l’échec de l’industrie à proposer une offre légale adaptée au marché et à son incapacité à faire face aux évolutions de la technologie.

L’obstination à se réfugier dans le passé pour y trouver des solutions à la façon d’adapter la production en masse à l’âge de la distribution digitale a été le plus grand obstacle à toute évolution durant la dernière décennie. Nous devons commencer à regarder de l’avant et à chercher de nouveaux modèles de revenus que nous ne pouvons encore imaginer.

En tant que représentant des créateurs, nous sommes prêt à établir un partenariat avec le gouvernement sur la façon d’explorer et de faire face aux défis posés par les technologies digitales, mais nous ne ferons pas parti d’un système qui nous éloignera de ceux qui nous écoutent aujourd’hui, et plus encore de ceux qui pourraient nous écouter demain.

Nous observons des avancées visionnaires telles que le Digital Britain Test Beds, sponsorisé par la Technology Strategy Board et les considérons comme des opportunités remarquables pour ôter les œillères de l’industrie de la musique et accueillir en son sein les innovateurs susceptibles d’apporter les avancées dont ce marché a besoin.

A la lumière de ce qui précède, nous nous opposons de façon véhémente à cette proposition de loi et affirmons que le bâton est sans la moindre proportion avec la carotte. L’échec de 30.000 procès faits aux Etats-Unis contre des consommateurs de musique et l’arrêt de cette politique répressive devrait démontrer de façon claire que cette législation ne devrait pas être poursuivie par un gouvernement qui cherche à construire l’avenir”.

source : « http://fr.readwriteweb.com/2009/09/07/a-la-une/artiste-createurs-anglais-opposition-hadopi/« 

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